Intégrer les risques physiques à la notation crédit consiste à mesurer, pour chaque site d'une contrepartie, l'exposition aux aléas (inondation, sécheresse, stress hydrique, perte de biodiversité), puis à traduire cette exposition en un score, une alerte ou un ajustement de la décision d'octroi. Depuis le 11 janvier 2026, les orientations de l'EBA sur la gestion des risques ESG sont applicables aux établissements français les plus importants : la question n'est plus de savoir s'il faut le faire, mais à quel niveau de granularité et avec quelle traçabilité.
TL;DR
- Les orientations EBA/GL/2025/01 imposent d'identifier, de mesurer et de suivre les risques physiques dans le dispositif de risque, y compris le risque de crédit. Elles sont applicables depuis le 11 janvier 2026 (11 janvier 2027 pour les petits établissements non complexes).
- Une notation de crédit financière classique ne capte pas l'exposition réelle d'un site à une inondation ou à une pénurie d'eau : il faut une couche d'analyse géolocalisée.
- Les scénarios climatiques décrivent des trajectoires plausibles, pas des prévisions : sans adaptation aux expositions de la banque, ils créent une fausse précision.
- Un score de vulnérabilité par site, accompagné d'une interprétation qualitative et de sources tracées, rend la décision de comité défendable.
- Les risques nature (eau, sol, biodiversité) déclenchent les mêmes canaux de perte que les risques climatiques et doivent être traités dans la même démarche.
Table des matières
- Pourquoi les risques physiques entrent dans la notation crédit
- Ce que demandent l'EBA, la BCE et l'ACPR
- Les limites des approches usuelles
- Une méthode pour intégrer le risque physique à la notation
- Du score au comité de crédit
- Le point de vue de Greenance
- Automatiser l'analyse sans perdre en rigueur
- Erreurs fréquentes à éviter
- FAQ
- Sources
Pourquoi les risques physiques entrent dans la notation crédit
La notation de crédit traditionnelle repose sur la solvabilité de l'emprunteur : bilan, flux de trésorerie, levier, secteur, qualité du management. Les risques physiques agissent sur ces mêmes variables, mais par un chemin que les états financiers n'exposent pas : un site de production inondé interrompt l'activité, une usine dépendante d'une nappe en tension voit ses coûts augmenter, un actif immobilier en zone exposée perd de la valeur de garantie.
Les superviseurs le formulent explicitement. Le rapport final de l'EBA indique que les risques environnementaux, via les facteurs de transition et les facteurs physiques, affectent la solidité des établissements et toutes les catégories traditionnelles de risque financier. Dans un discours de mars 2024, un membre du directoire de la BCE rappelait que les événements climatiques sont un facteur de chacun des types de risque du cadre prudentiel, du risque de crédit au risque opérationnel.
L'ordre de grandeur est significatif. Selon ce même discours, dans un scénario sans transition, les pertes attendues pourraient augmenter de 8 % d'ici 2050 sous l'effet des catastrophes naturelles, et 75 % des prêts de la zone euro vont à des entreprises fortement dépendantes d'au moins un service écosystémique. Ces chiffres relèvent d'exercices descendants : ils justifient l'effort, ils ne remplacent pas l'analyse d'un dossier.
Le marché commence aussi à se déplacer. D'après une analyse de la BCE publiée en novembre 2025, environ 18 % des banques de la zone euro s'attendent à ce que les risques physiques resserrent encore les conditions de crédit sur douze mois, contre 8 % qui anticipent un assouplissement. Les banques appliquent de plus en plus une prime de risque climatique aux entreprises les plus exposées.

Ce que demandent l'EBA, la BCE et l'ACPR
Les orientations EBA/GL/2025/01
Les orientations de l'EBA sur la gestion des risques ESG fixent des exigences d'identification, de mesure, de gestion et de suivi, y compris par des plans de transition. Pour les risques physiques, les points qui concernent directement la notation et l'octroi sont les suivants :
- intégration dans le dispositif d'ICAAP et dans les politiques de risque de crédit sectorielles ;
- outils de suivi prospectifs, sur des horizons court, moyen et long terme, d'au moins dix ans pour le long terme ;
- prise en compte de l'exposition géographique des contreparties, et non du seul secteur.
En France, l'ACPR a publié sa position de conformité : les orientations EBA/GL/2025/01 s'appliquent à compter du 11 janvier 2026 pour les établissements sous sa supervision directe, à l'exception des petits établissements non complexes, pour lesquels l'échéance est le 11 janvier 2027. L'ACPR précise aussi que les dispositions sur les processus de données sont appliquées dans la limite de leur compatibilité avec la version finale de la directive CSRD telle que révisée par le paquet Omnibus : un établissement ne peut pas exiger de sa contrepartie des données au-delà de ce que ce cadre prévoit. Cette nuance renforce l'intérêt de sources de données publiques, mobilisables sans dépendre de la déclaration de l'emprunteur.
L'attente de la supervision bancaire européenne
La BCE constate que les banques ont nettement progressé sur l'évaluation de la matérialité : plus de 90 % se considèrent exposées de manière significative aux risques climatiques et naturels. Le point faible persistant, selon son bilan de juillet 2025, est l'application incomplète de ces bonnes pratiques à l'ensemble des portefeuilles. Un exemple typique : un portefeuille hypothécaire évalué sur le risque de transition, alors que le risque physique du même portefeuille reste ignoré.
La même source invite à quantifier les risques sur chaque zone géographique et chaque secteur matériel, et à ne pas limiter la démarche au seul risque de crédit climatique. C'est la raison pour laquelle la notation crédit doit devenir le point d'entrée de l'information physique, et non une annexe produite séparément par l'équipe RSE.
Les limites des approches usuelles
Les scénarios ne sont pas des prévisions
Les scénarios du NGFS servent de référence aux exercices prudentiels, mais le réseau rappelle dans son document technique sur l'usage de ses scénarios qu'ils décrivent des trajectoires macro-financières plausibles et ne constituent pas des prévisions. Les utiliser tels quels dans une grille de notation, sans les adapter aux expositions réelles de la banque, produit une précision apparente que rien ne justifie. Un comité de crédit qui doit défendre un refus ou une condition particulière a besoin d'un élément propre à la contrepartie : où sont ses sites, à quels aléas, avec quelle intensité.
L'écart de données sur les sites
La Banque de France décrit dans sa note sur les outils de quantification du risque physique climatique un ensemble associant modélisation macroéconomique et cartographie détaillée des risques. Elle illustre aussi une difficulté connue des praticiens : les scores d'aléas géolocalisés existent, mais les historiques de dommages propres aux actifs d'un portefeuille sont rares. Par ailleurs, une approche de bilan statique tend à surestimer le risque en ignorant les mesures d'adaptation de l'entreprise ; les approches de bilan dynamique tentent de corriger ce biais.
Conséquence pratique : un score de site doit se lire comme une mesure de vulnérabilité, assortie d'une interprétation, et non comme une perte attendue chiffrée avec une fausse exactitude.
Le cloisonnement climat et nature
Beaucoup d'établissements traitent le risque physique climatique mais ignorent les dépendances à la nature (eau, sols, pollinisation, biodiversité) qui déclenchent les mêmes canaux de perte. Une usine soumise à une restriction d'usage de l'eau subit une perte d'exploitation dont l'origine est autant écologique que climatique. Une étude de la BCE sur le rôle du risque de biodiversité dans les décisions de prêt indique que les banques engagées en faveur de la durabilité tarifent davantage ce risque, et que les établissements qui ne l'intègrent pas dans leur tarification s'exposent à une sélection adverse : les emprunteurs au profil de risque plus élevé tendent à se tourner vers eux.
Une méthode pour intégrer le risque physique à la notation
Une démarche robuste tient en six étapes, applicables aussi bien à un dossier corporate qu'à un portefeuille entier.
- Établir la liste des sites de la contrepartie. Siège, usines, entrepôts, exploitations, actifs financés. Sans adresse, aucune analyse physique n'est possible. Quand la contrepartie ne fournit pas la liste, la géolocalisation à partir de la raison sociale est un point de départ.
- Localiser précisément chaque site. Les coordonnées doivent être suffisamment fines pour distinguer un site en fond de vallée d'un site en hauteur, ou un site à l'intérieur d'une zone protégée d'un site voisin.
- Croiser avec les aléas et les pressions sur les écosystèmes. Inondation, sécheresse, stress hydrique, état des sols, proximité de zones de biodiversité sensibles. Plus les sources publiques sont nombreuses, plus le recoupement est fiable.
- Évaluer la dépendance de l'activité. Le même aléa n'a pas la même incidence sur un entrepôt logistique et sur une industrie consommatrice d'eau. La base ENCORE, qui documente les dépendances sectorielles aux services écosystémiques, permet de qualifier cette sensibilité.
- Produire un score et une interprétation. Le score ordonne les sites ; l'interprétation qualitative explique ce qui le justifie, en termes lisibles par un analyste crédit sans formation technique.
- Traduire en décision. Alerte, condition suspensive, ajustement de tarification, demande d'information complémentaire à l'emprunteur, ou signal GO/NO-GO présenté au comité.
Le cadre TNFD offre une grille commune pour cette séquence : l'approche LEAP (Locate, Evaluate, Assess, Prepare) suit exactement l'enchaînement localisation, évaluation des dépendances, appréciation du risque, puis préparation de la réponse.
Du score au comité de crédit
Un score n'a de valeur que s'il s'insère dans le processus existant. Trois conditions déterminent son utilité réelle.
La lisibilité. Un comité de crédit n'examine pas un jeu de couches cartographiques. Il lui faut une synthèse : niveau de vulnérabilité, sites concernés, aléa dominant, conséquence probable pour l'activité. Un exemple de rapport de risque nature pour un comité de crédit montre le format attendu.
La traçabilité. Chaque donnée doit pouvoir être rattachée à sa source et à sa date. C'est ce qui permet de répondre à un superviseur, à un auditeur interne ou à un client contestant une décision. La méthodologie du risque nature de Greenance documente ces éléments.
L'articulation avec la notation interne. Le risque physique ne remplace pas l'analyse financière : il la complète. Selon la maturité de la banque, il peut alimenter un module qualitatif de la notation, un ajustement de la probabilité de défaut, une condition d'octroi ou un seuil d'escalade. Pour la méthode d'ensemble, voir l'intégration de l'ESG à l'analyse du risque de crédit.
Tableau de lecture : de l'aléa à la décision
| Situation observée sur un site | Canal de perte | Réponse possible en comité |
|---|---|---|
| Site industriel en zone inondable, activité sans solution de repli | Interruption d'exploitation, dommages aux actifs | Demande de plan de continuité, vérification de la couverture d'assurance, condition suspensive |
| Activité fortement consommatrice d'eau dans un bassin en tension | Hausse des coûts, restrictions d'usage | Alerte, suivi renforcé, revue annuelle du site |
| Actif financé à proximité d'une zone de biodiversité protégée | Contraintes réglementaires, retards de projet | Analyse des autorisations, clause de conformité |
| Aucun aléa significatif identifié sur l'ensemble des sites | Faible exposition physique | Poursuite du dossier sans condition particulière |
Ce tableau illustre une logique de lecture, non une grille de décision universelle : chaque établissement fixe ses seuils dans sa politique de risque.
Le point de vue de Greenance
Nous constatons que la plupart des difficultés des équipes crédit ne tiennent pas à l'absence de données environnementales, mais à leur niveau d'agrégation. Un indicateur national ou sectoriel ne dit rien du site que la banque finance réellement. C'est pourquoi nous avons construit notre approche à l'échelle du site : géolocalisation à partir du nom de la société, croisement avec des centaines de bases de données publiques (eau, sol, biodiversité, sécheresse, inondations, zones protégées), puis génération d'un score de vulnérabilité.

Trois principes guident notre travail. Premièrement, un score sans interprétation reste inutilisable en comité : chaque résultat s'accompagne donc d'une lecture qualitative et d'une méthodologie documentée, validée avec des professionnels du secteur bancaire. Deuxièmement, la traçabilité conditionne la défendabilité : une décision de crédit doit pouvoir être reconstituée à partir de ses sources. Troisièmement, le risque climatique et le risque nature forment un seul sujet pour l'analyste crédit, puisqu'ils aboutissent aux mêmes pertes.
Nous conseillons aussi de ne pas attendre un modèle parfait. Le fait d'analyser tous les sites des contreparties significatives, avec une méthode homogène et documentée, apporte davantage qu'un modèle sophistiqué appliqué à quelques dossiers. L'homogénéité répond à l'attente de la BCE sur l'application des bonnes pratiques à l'ensemble des portefeuilles.
— Balthazar
Automatiser l'analyse sans perdre en rigueur
L'analyse manuelle d'un site (recherche de l'adresse, consultation de cartes d'aléas, lecture de bases hétérogènes, rédaction de la synthèse) mobilise de longues heures par dossier, ce qui la rend impraticable à l'échelle d'un portefeuille. La plateforme Greenance automatise cette chaîne : géolocalisation des sites, analyse de centaines de sources environnementales, score de vulnérabilité, interprétation qualitative, export PDF structuré et signal GO/NO-GO pour le comité de crédit, avec des recommandations de conformité TNFD/LEAP et BCE/EBA. Elle s'adresse aux équipes crédit, risques et ESG des banques, gérants d'actifs, assureurs crédit et cabinets de conseil.
Erreurs fréquentes à éviter
- Évaluer le siège plutôt que les sites. L'adresse légale d'une société n'est que rarement celle de ses actifs exposés.
- Traiter le risque physique comme une note de bas de page. S'il n'influe sur aucune décision, il ne répond pas à l'attente des superviseurs.
- Confondre scénario et prévision. Les trajectoires du NGFS servent à explorer des futurs possibles, et un score crédit doit rester relié aux expositions observables.
- Ignorer la nature. Eau, sols et biodiversité sont des facteurs de perte à part entière ; voir à ce sujet les indicateurs de biodiversité pour les banques et le cadre de conformité TNFD attendu par la supervision.
- Dépendre uniquement des déclarations de l'emprunteur. Les données publiques et géolocalisées permettent une première évaluation indépendante, y compris lorsque la contrepartie ne publie rien.
Pour situer ces pratiques dans le marché, le baromètre 2026 sur le risque nature et l'analyse crédit rassemble des éléments complémentaires.
FAQ
Qu'est-ce qu'un risque physique dans la notation de crédit ?
Il s'agit de la perte potentielle de valeur ou de capacité de remboursement d'une contrepartie causée par des aléas climatiques ou naturels : inondations, sécheresses, stress hydrique, dégradation des écosystèmes dont l'activité dépend. Il peut être aigu (un événement) ou chronique (une tendance de long terme). Il s'ajoute aux critères financiers sans les remplacer.
Les banques françaises sont-elles obligées d'intégrer les risques physiques ?
Les orientations EBA/GL/2025/01 exigent de les identifier, de les mesurer et de les suivre. L'ACPR indique qu'elles s'appliquent depuis le 11 janvier 2026 aux établissements qu'elle supervise directement, et à partir du 11 janvier 2027 pour les petits établissements non complexes. Le format précis de l'intégration (score, ajustement, condition) reste défini par chaque établissement dans sa politique de risque.
Un score de risque physique peut-il modifier une décision de crédit ?
Oui, à condition de figurer dans le processus formel. Il peut déclencher une demande d'information, une condition suspensive, un suivi renforcé ou un ajustement de tarification. Sa valeur en comité dépend de sa lisibilité et de la traçabilité de ses sources.
Quelle différence entre risque physique climatique et risque nature ?
Le risque physique climatique découle de l'évolution du climat (inondations, canicules, sécheresses). Le risque nature recouvre la dépendance et l'impact sur les écosystèmes : eau, sols, biodiversité. Les deux se recoupent largement et provoquent les mêmes canaux de perte, d'où l'intérêt de les évaluer ensemble, selon le cadre TNFD et son approche LEAP.
Faut-il analyser tous les sites d'une contrepartie ?
Pour les contreparties significatives, l'analyse site par site est la seule façon de mesurer l'exposition réelle. Pour un portefeuille étendu, une analyse automatisée permet de hiérarchiser les sites et de concentrer l'examen approfondi sur ceux qui présentent une vulnérabilité élevée.
Sources
- BCE, Climate performance matters for bank credit in the euro area (10 novembre 2025)
- BCE, Banks have made good progress in managing climate and nature risks (11 juillet 2025)
- BCE, Taking into account climate and nature in monetary policy and banking supervision (27 mars 2024)
- BCE, The role of biodiversity risk in shaping bank lending decisions
- EBA, Final Report on the Guidelines on the management of ESG risks
- EBA, Guidelines on the management of ESG risks
- ACPR, Mise en conformité aux orientations EBA/GL/2025/01
- Banque de France, Tools for quantifying physical climate risk
- NGFS, document technique sur l'usage des scénarios NGFS
